méli-mélo chez Platon

beeNBQuel rapport entre les abeilles et le chant? Et la sonorité des mots influence-t-elle leur sens?

Platon affectionnait les jeux de mots, comme de nombreux exemples du Cratyle en témoignent. Dans le Phèdre (244c), Socrate explique l’art divinatoire (mantikê) en affirmant qu’il s’agit d’une forme de folie (manikê). Dans le Protagoras (320c – 322d), c’est le concept de loi (nomos) qui est mis en lien avec la notion de partager (nemô).

Dans l’Ion (534a), Socrate procède à une autre étymologie, dont les experts modernes contesteront bien sûr la validité scientifique, mais qui n’en est pas moins intéressante. Le poète est un être inspiré par les dieux: saisi par l’enthousiasme (il est pénétré par le dieu, donc il est entheos), il devient possédé à la manière des Bacchantes. Il va alors se servir aux sources des Muses, où il puise du lait et du miel (meli), produisant ainsi un chant (melos). Le poète est devenu en quelque sorte une abeille, animal léger et subtil, fabriquant un produit entièrement naturel, sans aucune transformation. L’art du poète n’est donc – paradoxalement – pas artificiel.
Simple anecdote? Sans doute pas: chez Platon, les rapprochements lexicaux illustrent sa conviction profonde qu’il existe un lien étroit entre les choses. Si deux mots se ressemblent, c’est que leur sens l’exige. Les mots et les lettres comportent des liens, à la manière dont les Pythagoriciens ont identifié des relations entre les nombres.
[Image: abeille indienne. commons.wikimedia.org]

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