Avant Volkswagen, qui est le tout premier escroc ?

vw_logoParadoxalement, la relation des Grecs avec leurs dieux s’est d’abord construite à partir d’une escroquerie.

Les milliers de propriétaires de véhicules VW, Audi, Skoda et autres Seat se sentent probablement floués : on leur a raconté des salades, leur faisant croire qu’ils roulaient dans des voitures peu polluantes, alors qu’un logiciel truqué faussait les données lors des contrôles anti-pollution.

La firme VW n’a cependant fait que reproduire un comportement qui apparaît dès l’époque où l’on a commencé à faire la distinction entre les hommes et les dieux. Avant le « dieselgate » de Volkswagen, il y a eu le scandale de Mékoné. Prométhée, un dieu bienfaiteur des hommes, peut revendiquer le titre de tout premier escroc, comme nous le rapporte le poète Hésiode vers le début du VIIe siècle av. J.-C. C’est en effet Prométhée qui met au point le prototype du sacrifice pour les dieux, instituant l’acte par lequel les hommes vont pouvoir honorer les Immortels. Le partage des parts de l’animal sacrifié, comme on va le voir, est une véritable tromperie.

« À cette époque, la distinction entre les dieux et les hommes mortels était en train de se mettre en place en un endroit appelé Mékoné. C’est alors que Prométhée partagea un bœuf, certes en y mettant tout son cœur, mais en essayant néanmoins de tromper la pensée de Zeus. Pour l’un d’eux, il avait placé, cachées dans le ventre du bœuf, sous la peau, les viandes et les entrailles de l’animal, ruisselantes de graisse. Pour l’autre, il avait disposé les os blancs en les dissimulant dans de la graisse luisante, par une manœuvre sournoise.

À ce moment précis, Zeus, le père des  hommes et des dieux, l’apostropha : ‘Fils de Japet, illustre parmi les nobles, tu as – mon brave – partagé les parts de manière bien inégale !’ Voilà ce que disait, pour se moquer de lui, Zeus aux pensées inaltérables. Mais Prométhée à l’esprit tordu lui répliqua avec un sourire en coin (il n’avait pas oublié ses manœuvres sournoises) : ‘Zeus, toi qui es très honoré et très grand parmi les dieux éternels, choisis donc ta part comme le cœur t’en dit !’

Voilà ce qu’il disait, avec une ruse à l’esprit. Cependant Zeus aux pensées inaltérables avait bien compris le piège, il l’avait reconnu. Mais dans son cœur, il préparait déjà des ennuis pour les hommes mortels, et c’est bien ce qu’il finit par réaliser. Or le voilà qui saisit des deux mains la graisse luisante ! Le courroux envahit son âme, et la colère se répandit dans son cœur lorsqu’il aperçut les os blancs du bœuf qui révélaient la manœuvre sournoise. Et c’est depuis ce moment que la race des hommes, sur terre, brûle pour les Immortels les os blancs sur des autels fumants.

Absolument furieux, Zeus rassembleur de nuages s’écria : ‘Fils de Japet, tu connais bien des trucs, mon brave, et tu n’as manifestement pas renoncé à tes manœuvres sournoises !’ Voilà ce que disait, dans sa colère, Zeus aux pensées inaltérables. Et c’est pourquoi, par la suite, gardant pour toujours le souvenir de cette escroquerie, il refusa d’envoyer sur les frênes le feu infatigable qui aurait pu servir aux hommes mortels qui habitent sur terre. »

[voir Hésiode, Théogonie 535-564]

Drôle d’histoire : le poète nous dit que Zeus avait bien compris la manœuvre de Prométhée, mais qu’il aurait fait exprès de se laisser tromper. Ainsi, la toute première distribution des parts du sacrifice repose sur une tromperie. La meilleure part, c’est-à-dire la viande et les entrailles, est cachée sous la peau (ou le capot de la VW ?) ; elle reviendra pour toujours aux hommes. Les dieux se contenteront des os, ainsi que de la graisse qui monte en fumée vers les cieux.

Zeus a laissé faire, mais il va dans un premier temps chercher à compenser cet avantage accordé aux hommes en les privant du feu. Toutefois Prométhée, le dieu bienfaiteur des hommes, parviendra à voler le feu et à le livrer aux hommes. Zeus, répondant du tac au tac, leur infligera un malheur bien plus grand : la femme. Mais ceci, c’est une autre histoire…

On peut donc constater que la première escroquerie de l’histoire a défini la manière dont nous honorons les dieux. Alors que Zeus a laissé faire, on peut se demander si, dans le cas de Volkswagen, certains dieux de l’Olympe bruxellois n’ont pas aussi un peu fermé les yeux sur la tromperie qu’on leur avait présentée.

Une réflexion sur “Avant Volkswagen, qui est le tout premier escroc ?

  1. On peut certes rapprocher le scandale VW de Prométhée, par le trait commun d’une escroquerie, mais je voudrais ici exposer une différence essentielle. Sans doute, on n’en sera pas étonné, puisque je crois avoir noté dans ces commentaires que j’admire Prométhée, en tant que bienfaiteur de l’humanité. Si Hermès plutôt que Prométhée avait été pris comme type d’escroc, je serais davantage d’accord.

    En effet, dans le scandale VW, quels ont été les motifs du crime pour tous ceux qui savaient qu’ils utilisaient un logiciel truqué? Probablement en premier lieu l’appât du gain, pour vendre le plus possible de voitures quel que soit leur état technique, ensuite la forte rivalité avec les marques concurrentes ou les pressions du marché, puis l’illusion – naïve tout de même – de ne jamais être découverts…Ce sont toutes des motivations égoïstes, rapportées à soi-même, étroites.

    Dans le cas de Prométhée, la différence est qu’il veut être un bienfaiteur pour les hommes. Les techniques rusées qu’il emploie n’ont pas un but égoïste, mais au contraire sont altruistes, tournées vers l’extérieur; elles ont un but généreux et ne lui apportent pas grand-chose à lui-même. Au contraire, Prométhée va agir en faveur de l’humanité jusqu’à se trouver fixé à un rocher avec un aigle qui lui pique le foie, donc sacrifié lui aussi. Il paie très cher le fait d’être favorable aux hommes. Et certainement son choix d’action pose un problème philosophique: le mensonge, voire la ruse, se justifient-ils parfois, quand le but qu’on se propose est grand ou bien quand l’ennemi est trop fort et que la confrontation directe est vouée à l’échec? Ainsi, l’esprit de Prométhée montrerait davantage la souplesse personnelle et la résistance au tyran que la malhonnêteté.

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