Bien parler, à quoi bon ?

demosthenesPourquoi se fatiguer à bien parler ? La mauvaise foi est une activité autrement plus gratifiante.

Bien parler ne sert à rien. On peut être Président des États-Unis tout en s’exprimant comme un balourd, ou Président de la République Française en lançant : « Casse-toi, pauvre con ! » Un Conseiller Fédéral suisse peut également devenir un objet de risée pour avoir prononcé, sur un ton d’entrepreneur des pompes funèbres, un discours sur le rire.

Par conséquent, ne perdez pas votre temps : il est inutile d’apprendre à bien parler. Contentez-vous de trouver une ou deux phrases qui fassent mouche ; ou mieux, demandez à un conseiller de vous les souffler à l’oreille. Pour le reste, communiquez avec quelques tweets tous les jours.

Structurer votre pensée ? N’y songez même pas. De toute manière, vos auditeurs penseront que vous leur faites la leçon. Articuler ? Inutile, vous faites mieux d’accompagner vos rares discours d’une musique de fond. Soigner votre gestuelle et l’expression de votre visage ? Ne vous épuisez pas avec de pareils artifices : vous aurez plus de succès en plaçant à côté de vous un mannequin (féminin ou masculin, selon les circonstances) bronzé, souriant et généreusement dénudé qui saura attirer les regards.

Et pourtant, niant l’évidence, figurez-vous qu’il existe encore quelques naïfs pour croire à l’utilité d’un discours bien ficelé. Tenez, voici un exemple particulièrement risible : Raphaël Comte, un garnement qui n’a même pas atteint la quarantaine, perpétue la croyance dans les beaux discours. Des personnes de mauvaise foi me rétorqueront qu’il siège au Conseil des États en Suisse, l’équivalent du Sénat dans d’autres pays, qu’il a présidé à cette auguste assemblée pendant une année, et qu’il s’en serait même bien sorti. Peut-être, mais ses beaux discours n’ont pas permis à la Suisse de remporter la Coupe du Monde de football…

Il n’est pas le seul de son espèce : il semblerait que d’autres politiciens s’accrocheraient, envers et contre tout, à un amour contre nature à l’égard du bien parler. Or tout le monde sait que les beaux discours ne servent qu’à déguiser des arguments malhonnêtes, ou au mieux à pinailler sur des détails inutiles alors qu’il faudrait agir sur les grands problèmes de notre temps. Déjà au IVe siècle av. J.-C., l’orateur Isocrate constatait que les faiseurs de discours passaient leur temps à couper les cheveux en quatre au lieu d’aborder les vrais problèmes.

« Comment pourrait-on surpasser Gorgias, qui a eu l’audace d’affirmer que rien n’existe ? ou Zénon, qui a essayé de démontrer que les mêmes choses étaient à la fois possibles et impossibles ? ou Mélissos qui, alors que les éléments de la nature sont infinis, a entrepris de trouver des preuves de leur unité ?

Toutefois, alors même que ces penseurs ont démontré de manière éclatante qu’il est facile d’inventer un faux discours sur le sujet de leur choix, les orateurs continuent tout de même d’occuper le même terrain. Au lieu de couper les cheveux en quatre à prétendre démontrer par les mots ce que les faits ont démenti depuis longtemps, ces gens devraient poursuivre la vérité, enseigner à leurs disciples ce qui relève de la gestion de notre cité, et les exercer à acquérir de l’expérience dans ce domaine. Ils devraient se dire qu’il est bien préférable de se faire une opinion convenable sur des sujets utiles que d’acquérir un savoir exact sur des choses inutiles. De même, il est préférable de faire de petits progrès sur les thèmes d’importance que d’être vraiment meilleur sur les détails et sur les points qui ne servent à rien dans la vie. »

[Isocrate Éloge d’Hélène 3-5]

Sacré Isocrate, tu nous mènes en bateau ! Ainsi, il faudrait que je m’exerce, que je prenne des cours dans ton école, et que j’apprenne à bien parler pour pouvoir gérer les affaires de l’État ? La politique demanderait du travail, alors qu’il me suffit de lancer quelques slogans percutants et de les faire circuler sur les réseaux sociaux pour attirer l’attention des électeurs ? Non, au lieu de soigner mon discours, je préfère m’en tenir à une recette qui marche à tous les coups : la mauvaise foi.

[image : A. Bernard Sykes, Démosthène s’exerçant au bord de la mer (1888)]

Une réflexion sur “Bien parler, à quoi bon ?

  1. Σήμερα η προφορική και η γραπτή επικοινωνία είναι σημαντικές. Ας μιλήσουμε τώρα μόνο για την προφορική επικοινωνία. Υπάρχουν πολλοί συμβουλοί για την σωστή επικοινωνία. Αυτοί διοργανώνουν σεμινάρια που μπορούν να είναι ακριβά.

    Φαίνεται σ’αυτό το απόσπασμα ότι ο Ισοκράτης κάνει την διαφορά μεταξυ πράξης και λόγων. Κάποιοι λόγοι της φιλοσοφίας έχουν αξία μόνο για αυτούς που αγαπάνε αυτά τα θέματα. Έχουν σίγουρα το δικαίωμα να τα συζητούν, αλλά αυτές οι συζήτησεις δεν έχουν πολλές επίπτωσεις στην κοινωνία π.χ. «ὡς ἑνὸς ὄντος τοῦ παντὸς ἐπεχείρησεν ἀποδείξεις εὑρίσκειν», επειδή αυτό είναι πολύ αφαιρεμένο. Δεν μπορούμε να περιμένουμε ότι πολλοί άνθρωποι θα έχουν ενδιάφερον για ένα τέτοιο θέμα.

    Άλλοι λόγοι έχουν αξία για να προτρέψουν τους άνθρωπους και τους πολιτές σε πραξείς. Εδώ θέλει ο λόγος την ευθύνη αυτού που το προφέρει. Ένα κοντό σλόγκαν δεν είναι αρκετά για έξυπνους άνθρωπους, αλλά ο λόγος πρέπει να μείνει κατανοητός σε πολλούς, αν και αυτοί δεν έχουν ένα πολύ υψηλό Q.I.

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