Un maître tué par son élève

herakles_nbUn élève peu doué ne supporte pas d’être puni par son maître et le tue. Mythe ou réalité ?

Dans une école secondaire genevoise, certains enseignants sont à bout de nerfs : ils ne parviennent plus à tenir certaines classes où les élèves refusent de travailler.

Diverses causes sont alléguées pour expliquer le phénomène : tous les élèves difficiles ont été concentrés dans des classes où ils ont perdu toute estime de soi ; ces mêmes élèves vivent souvent un cauchemar dans des familles cabossées ; parfois, les enseignants sont mal préparés à affronter la situation.

Il y a une maigre consolation pour les enseignants genevois : le phénomène touche de nombreuses écoles dans de nombreux pays. Dans certaines classes françaises, des élèves ne rêvent que de « foutre le bordel en classe ».

On peut toutefois se demander : s’agit-il là d’un phénomène entièrement nouveau ? Probablement pas, si l’on en croit la triste histoire de Linos, l’un des premiers enseignants de l’humanité. Son savoir et son sens de l’innovation ne l’ont en effet pas empêché de finir tué par un élève particulièrement turbulent. Un autre élève de Linos se montre au contraire doué, mais ses bonnes dispositions auront des conséquences catastrophiques. Voyons plutôt ce que nous en dit l’historien Diodore de Sicile (Ier s. av. J.-C.).

« [Le poète épique Dionysios] raconte que, chez les Grecs, c’est Linos qui le premier a inventé les rythmes et les mélodies. De plus, après que Kadmos avait rapporté de Phénicie les signes qu’on appelle les lettres de l’alphabet, Linos fut le premier à les adapter à l’usage de la langue grecque, attribuant à chaque lettre un son et une forme. (…) Linos, qui avait une grande réputation pour ses poèmes et ses mélodies, eut de nombreux élèves. Les plus célèbres furent au nombre de trois : Héraklès, Thamyras et Orphée.

Parmi ces trois, Héraklès essayait d’apprendre à jouer de la cithare, mais il était lent d’esprit et ne pouvait pas assimiler l’enseignement. Linos le punit en le battant, et Héraklès se mit en colère. Il frappa son maître avec la cithare et le tua.

Thamyras, lui, était plus doué et il consacra ses efforts à apprendre l’art des Muses. Toutefois, comme il avait atteint le sommet de l’art du chant, il prétendit qu’il chantait mieux que les Muses. C’est pourquoi les déesses en colère lui retirèrent ses compétences musicales et lui crevèrent les yeux. Cet épisode est confirmé par le témoignage d’Homère, qui dit :

‘Alors les Muses allèrent trouver le Thrace Thamyris et mirent fin à son chant’

et encore :

‘Dans leur colère, elles l’aveuglèrent, le privèrent de son chant divin et lui firent oublier comment jouer de la cithare.’ »

[Diodore de Sicile Bibliothèque historique 3.67]

Quelle ironie : Linos est un vrai savant ; il invente le chant et il met au point l’alphabet grec à partir des caractères que son collège Kadmos a rapportés de Phénicie ; mais il ne parvient pas à transmettre son savoir à ses élèves.

Héraklès, dont la masse musculaire l’emporte largement sur la matière grise, ne supporte pas qu’on le corrige et fracasse la lyre sur son maître. À la décharge d’Héraklès, battre ses élèves n’a jamais été une méthode pédagogique très efficace.

Heureusement, Linos a son petit chouchou, Thamyras (ou Thamyris, l’orthographe fluctue un peu). Il apprend bien, le petit Thamyras, même un peu trop bien, au point qu’il finit par attraper la grosse tête. Aujourd’hui, on dirait que, à force de succès, il a fait un burnout. Il ne parvient plus à toucher sa cithare.

Et Orphée ? Diodore de Sicile nous promet de raconter son histoire dans le détail, ce qu’il fera plus loin, toutefois en omettant de préciser un point important : troisième élève remarquable de Linos, Orphée a mal fini, lui aussi. Chanteur inégalé, il suscitera de la colère et de la jalousie et finira par être mis en pièces par des femmes déchaînées.

Quelle leçon tirer de tout cela ? Il n’existe manifestement pas de lien direct entre l’habileté d’un maître et sa capacité à transmettre son savoir. Plus le maître se rapproche des dieux par sa compétence, plus il suscite leur jalousie.

[image : Héraklès (à gauche) tue son maître Linos (à droite). Céramique attique, env. 470 av. J.-C. (Staatliche Antikensammlungen München). On remarquera que, dans cette représentation, c’est Linos qui tient la lyre.]

L’or de Crésus laisse des traces à Thèbes

Hoecke_Croesus_showing_his_treasuresDécouverte sensationnelle d’une inscription témoignant d’une offrande du roi Crésus à un sanctuaire à Thèbes

  • Riche comme Crésus, le Mark Zuckerberg, je te dis ! Ma chérie, tu me croiras si tu veux : il a des milliards de dollars à ne plus savoir qu’en faire.
  • Oui, mais sa fortune, c’est du vent : quand il fait des bêtises avec Bakefoot, soudain ses milliards fondent comme la banquise du Pôle Nord. Il ferait mieux d’investir dans de l’or, comme Crésus. D’ailleurs, tu dis « riche comme Crésus », mais je parie que tu ne sais pas d’où vient l’expression.
  • Et toi qui as toujours le nez fourré dans un bouquin, je parie que tu sais.
  • Hé hé ! Gros malin, tu veux que je sorte un gros livre très compliqué ?
  • Pitié, surtout pas ! Dis-moi seulement où Crésus est allé chercher son or.
  • Crésus était roi de Lydie, en Asie Mineure, au VIe siècle av. J.-C. La capitale du royaume, Sardes, était traversée par un fleuve, le Pactole, dont on disait qu’il charriait des paillettes d’or.
  • Ah ? Il suffisait donc de filtrer l’eau du Pactole ?
  • C’est un peu ça, si tu veux. Toutefois, Crésus a aussi conquis beaucoup de régions avoisinantes, et il a rempli ses caisses en pillant les vaincus. Alors un jour, il s’est dit qu’il pourrait mettre la main sur l’empire perse, où régnait Cyrus. Je t’arrête tout de suite avant que tu me demandes « six Russes ? » d’un air niais : tu me l’as déjà faite, celle-là.
  • Mais pas du tout, ma chérie ! Alors, comme ça, Crésus est allé s’enrichir un peu plus du côté des Perses ?
  • Non, ça n’a pas marché. Pour commencer, Crésus s’est dit qu’il allait se renseigner pour savoir si l’expédition en valait la peine. Comme il ne disposait pas de Bakefoot pour le renseigner, il a envoyé des émissaires pour tester les différents oracles de la Grèce, en espérant identifier le plus fiable d’entre eux.
  • Ah ! C’était un malin, ton Crésus : il comparait les produits avant d’acheter !
  • C’est en tout cas ce que rapporte Hérodote. Cette fois-ci, tu ne vas pas y couper, je te lis le passage. J’ai chargé le texte intégral sur mon smartphone.
  • Ah ? Tu te modernises, ma chérie, c’est bien…
  • Nom d’un Hécatonchire manchot, écoute Hérodote et tais-toi !

« Pendant deux ans, Crésus – qui avait perdu son fils – vécut dans un grand chagrin. Après cela, l’empire d’Astyage fils de Cyaxare, détruit par Cyrus fils de Cambyse, et plus généralement l’accroissement de la puissance des Perses, mirent fin au deuil de Crésus. Il se dit que, dans le mesure du possible, il pourrait prendre le contrôle de leur expansion avant qu’ils ne deviennent trop puissants.

C’est avec cette pensée en tête qu’il décida d’éprouver les oracles de la Grèce et de la Libye. Il envoya donc divers émissaires à Delphes, à Abai en Phocide et à Dodone. D’autres furent envoyés au sanctuaire d’Amphiaraos et à celui de Trophonios, d’autres encore au sanctuaire des Branchides à Milet. Voilà la liste des oracles grecs auxquels Crésus envoya ses émissaires. En Libye, il envoya d’autres délégués pour sonder l’oracle d’Ammon. Avec ces ambassades, il entendait sonder la véracité des oracles : s’il en trouvait un qui disait la vérité, il lui enverrait une seconde délégation pour demander s’il était opportun d’attaquer les Perses. »

[Hérodote Enquêtes 1.46]

  • Alors, le résultat de sa petite enquête ?
  • Eh bien, apparemment presque tous les oracles se sont plantés. Hérodote nous dit simplement que, à Delphes, le test a bien fonctionné. Crésus a donc opté pour Delphes, ce qui ne l’a pas empêché de mal interpréter les réponses que le dieu Apollon lui a fournies. En fin de compte, son attaque contre la Perse a été un fiasco total.
  • Donc tous les autres oracles racontaient des bêtises ?
  • Pas exactement, car Hérodote précise un point intéressant.

« Tels furent les oracles rapportés de Delphes à Crésus. En ce qui concerne la réponse de l’oracle d’Amphiaraos, je ne saurais dire quelle réponse les Lydiens reçurent après qu’ils se furent acquittés des rites prescrits (ceci n’est pas précisé), si ce n’est que Crésus arriva à la conclusion que cet oracle, lui aussi, disait la vérité. »

[Hérodote Enquêtes 1.49]

  • Où était-il donc installé, cet Amphiaraos ?
  • À Thèbes, en Béotie. Or figure-toi que, en 2005, des archéologues grecs ont mis au jour à Thèbes une inscription qui mentionne une offrande faite par Crésus à Amphiaraos ! Ils ont mis dix ans à la publier, et elle dit à peu près cela :

« C’est à toi, Apollon, qu’ici le responsable du sanctuaire a consacré cette offrande. Il a fait vœu, après avoir – grâce à tes oracles – découvert sous terre un bouclier d’or étincelant, magnifique offrande que Crésus avait offerte en souvenir de la valeur (…). »

Malheureusement, l’inscription est en trop mauvais état pour qu’on puisse comprendre le détail de la suite. Ce n’est déjà pas mal : le texte a été gravé peu de temps après le règne de Crésus et elle nous apprend que le roi avait offert un bouclier en or à Amphiaraos. Probablement une manière de remercier l’oracle parce que, contrairement aux autres, il ne racontait pas des sornettes.

  • Et le bouclier ? On l’a retrouvé ?
  • Bien sûr que non ! Mais on a trouvé récemment d’autres choses, comme la peut-être vraie et authentique urne du général Brasidas, ou encore le certainement vrai temple d’Artémis à Amarynthos. Et le bouclier, Hérodote lui-même en parle un peu plus loin dans son récit.
    « (…) Lorsque Crésus eut entendu parler de la valeur d’Amphiaraos et qu’il eut appris quel fut son sort, il lui consacra un bouclier tout en or ainsi qu’une lance en or massif, de la pointe à la hampe. Les deux objets sont encore exposés de mon temps à Thèbes, dans le temple que les Thébains ont consacré à Apollon Isménien. »

    [Hérodote Enquêtes 1.52]

    Je t’expliquerai un autre jour comment le bouclier est passé du sanctuaire d’Amphiaraos à celui d’Apollon Isménien. De toute manière, tu comprends tout de travers, ce serait trop compliqué pour toi.

  • Tu me prends vraiment pour un Béotien… Et puis tu vois, le bouclier a été perdu, l’or n’est pas plus durable qu’une action de la compagnie Bakefoot. En fait, Mark Zuckerberg agit exactement comme Crésus : il filtre un flot d’information dont il tire des paillettes d’or, il complète ses richesses en mettant la main sur les compagnies voisines, et il fait de grosses bêtises parce qu’il ne sait pas écouter les oracles qui l’encouragent à une certaine prudence.

 

Pour ceux que cette nouvelle inscription intéresse, il faudra vous reporter à une publication scientifique récente : M. Tentori Montalto, « Some Notes on Croesus’ Dedication to Amphiaraos at Thebes », Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik 204 (2017) 1-9.

[image : Gaspar van den Hoecke (1603-1641), Crésus montrant ses trésors à Solon]

Adieu à la confidentialité

clipart-mail-message-1560x1560Tous nos courriers peuvent être interceptés, toutes nos données confidentielles finissent tôt ou tard entre les mains de tiers.

Le récent scandale autour de Facebook n’a fait que souligner un fait bien connu : lorsque nous communiquons avec des tiers, rien ne peut garantir la confidentialité de nos échanges électroniques. Nos données personnelles peuvent finir entre les mains d’inconnus, tandis que nos courriels risquent à tout moment de finir sur la place publique.

Comment réagir ? Revenir à des messages sur papier ? C’est probablement une mauvaise idée : les héros grecs s’envoyaient déjà des courriers confidentiels, mais de tels envois pouvaient être interceptés.

Commençons avec l’histoire de Bellérophon. Ce héros vivait en Argolide, au service du roi Proitos. Or la reine était amoureuse de Bellérophon et voulait coucher avec lui. Devant le refus de notre héros, l’épouse de Proitos fit croire à son mari que Bellérophon avait cherché à la séduire. Le roi, furieux, décida de se débarrasser de celui qu’il croyait être son rival. Voici ce qu’Homère nous raconte à ce propos :

« [Proitos] reculait devait l’idée de le tuer car il était pris par un scrupule religieux. Il envoya donc Bellérophon en Lycie en lui confiant un message fatal : sur une tablette pliée, il avait gravé un message porteur de mort, qu’il lui demanda de montrer à son beau-père pour que Bellérophon périsse. »

[Homère Iliade 6.167-171]

Ce passage contient l’ébauche d’un système de transmission de messages confidentiels : il s’agit d’une tablette pliée en deux et vraisemblablement protégée par un sceau. Bellérophon transporte le message, mais ne peut pas l’ouvrir. Il ignore donc que Proitos demande à son beau-père en Lycie de se débarrasser de Bellérophon.

Que se passe-t-il lorsque le porteur du message enfreint la confidentialité et ouvre la tablette ? Il faut se tourner vers l’historien Thucydide pour trouver un tel cas.

« [Un messager] s’était rendu compte qu’aucun des messagers qui l’avaient précédé n’était rentré, ce qui l’effraya. Il contrefit donc le sceau (qui fermait le message) pour que, s’il s’avérait qu’il s’était trompé ou si l’expéditeur lui redemandait la lettre pour y apporter une modification, son indiscrétion passe inaperçue. Il ouvrit le message, dans lequel ses soupçons s’avérèrent fondés : il y trouva un ordre de supprimer le messager. »

[Thucydide 1.132]

En accédant au contenu de la lettre qu’il portait, le messager a donc sauvé sa peau. Or ce message contient aussi la preuve que l’expéditeur est un traître à sa patrie. Le messager se transforme alors en lanceur d’alerte et dénonce son maître aux autorités, ce qui produira le premier cas d’écoutes secrètes.

L’histoire de Bellérophon, à laquelle répond l’anecdote rapportée par Thucydide, met en évidence un problème fondamental : quelles sont les limites de la confidentialité ? Est-il justifié d’ouvrir un courrier pour prévenir une éventuelle action criminelle ? Mais alors, ne devrait-on pas ouvrir tous les courriers puisqu’on ne sait pas à l’avance lesquels contiendraient des éléments compromettants ?

Laissons le dernier mot à Ménélas, qui intercepte un message confié à un serviteur par Agamemnon.

« Le serviteur : ‘Tu n’avais pas le droit d’ouvrir le message que je portais !’

Ménélas : ‘Mais toi, tu n’avais pas à porter un message qui causait un préjudice à tous les Grecs !’ »

[Euripide Iphigénie à Aulis 307-308]

Une bonne médiation vaut mieux qu’un long procès

shield_bwConfisqué par le régime de Vichy, un tableau de maître retourne à ses propriétaires légitimes à l’issue d’une procédure de médiation. Souvent, mieux vaut chercher un arrangement plutôt que de s’engager dans un long et coûteux procès.

1946 : une famille suisse acquiert un tableau du peintre britannique John Constable, une des nombreuses vues de la Vallée de la Stour qu’il a réalisées au cours de sa carrière. Les acheteurs se doutaient-ils du fait que, quatre ans plus tôt, le tableau avait été confisqué par le régime de Vichy à des propriétaires juifs ? Laissons-les au bénéfice du doute. Quoi qu’il en soit, en 1986, l’héritière du tableau en fait don à la ville de La Chaux-de-Fonds, et en 2006, patatras ! La famille des premiers propriétaires vient réclamer le tableau, faisant valoir qu’il s’agissait d’une œuvre volée.

Que faire ? Un long et coûteux procès ? Tout le monde serait perdant. C’est pourquoi les parties en cause se mettent d’accord pour suivre une procédure de médiation. Au lieu de demander à un juge de trancher pour ou contre les uns ou les autres, le médiateur essaie de mettre les gens d’accord sur un compromis. En l’occurrence, le tableau est restitué aux propriétaires, mais il faut que tout le monde sauve la face : l’accord prévoit donc que la bonne foi des acheteurs de 1946, ainsi que  celle du Musée de La Chaux-de-Fonds, soit reconnue. Oui, ils ont acquis un tableau volé ; mais ils ne savaient pas. En plus, comme le tableau a été restauré aux frais de la ville de La Chaux-de-Fonds, les propriétaires légitimes font un geste et paient les frais de restauration.

Dans un monde où il devient toujours plus fréquent de traîner son voisin devant le juge pour un éternuement intempestif, la procédure de médiation est une pratique efficace, qui présente l’avantage de donner satisfaction aux deux parties en réduisant les blessures infligées à la partie adverse. La médiation existe déjà dans la société homérique, comme l’atteste un passage de la description du bouclier d’Achille dans l’Iliade.

Rappelez-vous : Achille a prêté ses armes à Patrocle, lequel se fait trucider par Hector. Ce dernier emporte les armes d’Achille et il faut donc fabriquer une nouvelle panoplie pour notre héros. C’est le dieu Héphaïstos qui s’en charge, mettant tout son art au service d’une commande exceptionnelle. Le poète Homère se lance ainsi dans une longue digression, occupant le chant 18 de l’Iliade, où il décrit les motifs gravés sur un bouclier exceptionnel. Or parmi les scènes représentées, il y a précisément une scène de médiation.

« (…) Une querelle avait surgi : deux hommes se disputaient pour la rançon à payer parce qu’un homme avait été tué. L’un en appelait au peuple et demandait de pouvoir tout payer, tandis que l’autre refusait d’entrer en matière sur une compensation. Les deux s’étaient donc adressés à un médiateur, dans l’espoir de régler l’affaire.

De part et d’autre, la foule prenait parti à grands cris, retenue par des hérauts. Les anciens, assis en cercle vénérable sur des pierres polies, prenaient en main le sceptre que leur remettaient les hérauts, des sortes de porte-parole. Ils se levaient à tour de rôle pour faire des propositions, en alternance. Au milieu du cercle, on avait placé deux talents d’or, récompense pour celui qui ferait la meilleure proposition. »

[Iliade 18.497-508]

Dans la société homérique, un meurtrier se voyait d’ordinaire poursuivi par la famille de la victime, qui réclamait que le coupable soit lui aussi mis à mort. Ce dernier pouvait choisir l’exil et recommencer sa vie ailleurs. Cependant, on observe aussi une innovation révolutionnaire pour l’époque : au lieu de demander que le meurtrier soit mis à mort, il était possible de chercher un arrangement par lequel le meurtrier payait une compensation financière. La difficulté principale consistait à faire accepter que la famille de la victime entre en matière.

Dans le passage traduit ci-dessus, des générations d’interprètes du texte homérique ont compris que la dispute portait sur le fait qu’une rançon ait été payée ou non : l’un affirmait qu’il avait payé, tandis que l’autre disait n’avoir rien touché. Aujourd’hui, les savants reconnaissent plutôt les manœuvres préliminaires d’une procédure de médiation. Accepter d’entrer en matière pour une compensation financière, alors même qu’un de vos proches vient d’être tué, c’est déjà faire un grand pas en direction d’une résolution du conflit. L’instance mise en place à cette occasion comporte une particularité intéressante : au lieu de prononcer un jugement, les membres de ce comité font des propositions, jusqu’à ce qu’on tombe d’accord. En prime, celui qui formule la meilleure solution touche le jackpot placé au milieu du cercle.

Dans le fond, la scène qu’Héphaïstos représente sur le bouclier d’Achille contient une clé d’explication de toute l’Iliade : Achille se brouille avec l’armée grecque pour une histoire de prestige, et il refuse d’entrer en matière lorsqu’on vient lui proposer un arrangement assorti d’une généreuse compensation financière. Son entêtement à refuser l’arrangement provoque la perte de son plus fidèle ami, le héros Patrocle.

Fort heureusement, les autorités de La Chaux-de-Fonds, ainsi que les propriétaires légitimes du tableau de Constable, ont su faire preuve de bon sens là où Achille s’était comporté en gamin têtu. Au lieu de chercher un affrontement qui rendrait tout le monde malheureux, les parties en cause ont reconnu les vertus d’une procédure de médiation. Une leçon de sagesse pour nous tous.

[image : le bouclier d’Achille, reconstitué à partir du texte homérique ; illustration parue dans The Penny Magazine of the Society for the Diffusion of Useful Knowledge, 22 septembre1832]

Remerciements : mon collègue et ami Pierre Sánchez a eu la gentillesse de me rendre attentif aux particularités de la procédure de médiation dans la scène représentée sur le bouclier d’Achille. Pour ceux qui souhaiteraient approfondir le sujet, reportez-vous à l’étude suivante : E.M. Carawan, Rhetoric and the Law of Draco (Oxford 1998) 51-58.

Empoisonneurs empoisonnés

heraclesIls empoisonnent la vie des dirigeants russes, et finissent par mourir empoisonnés. Mais au fait, à quoi ressemble une mort par le poison ?

Balle enrobée de cyanure, parapluie bulgare pour injecter de la ricine, polonium versé dans un cocktail : nos amis de l’est et leurs alliés d’antan maîtrisent avec panache l’art de se débarrasser de ceux qui empoisonnent le climat politique. Le même sort est réservé aux ‘traîtres’ qui ont collaboré avec des services de renseignements étrangers. Régulièrement, des opposants au régime disparaissent dans des circonstances bizarres, souvent après avoir involontairement absorbé des substances hautement dangereuses. Le chic du chic en la matière consiste à faire usage d’un poison qui ne laissera pas de traces dans l’organisme de la victime. Ainsi, il devient quasiment impossible de remonter jusqu’à la personne qui a commandité l’assassinat.

Parfois considéré comme un moyen légitime de mettre à mort des criminels, le poison n’en demeure pas moins un outil de cruauté. Mais au fait, qu’est-ce que cela fait, de mourir empoisonné ? Vu la variété des produits utilisés, les effets varient beaucoup ; ce qui est sûr, c’est que les substances utilisées par les agents venus du froid ne vous feront pas planer sur des nuages peuplés d’éléphants roses. Pour se faire une idée des souffrances endurées par les victimes, on peut se remémorer la description d’une mort particulièrement atroce, celle du héros Héraclès, empoisonné par une tunique imbibée du sang du centaure Nessos.

Cette tunique a une histoire pour le moins rocambolesque. Je ne résiste pas au plaisir de vous la raconter – avant de passer au récit de l’empoisonnement, qui sera nettement moins divertissant. Donc Nessos, comme tous ses congénères pourvus d’un corps de cheval et d’un buste d’homme, mêlait la bestialité à l’humanité, ce qui le rendait lubrique. Un jour qu’Héraclès tente de traverser un fleuve avec sa nouvelle conquête de l’époque, la belle Déjanire, le brave centaure offre ses services pour aider la jeune fille à passer. Toutefois, une fois arrivé en plein courant, il ne peut s’empêcher de peloter Déjanire. Celle-ci, épouvantée, crie de toute la force de ses poumons : « #MeToo ! #MeToo ! »

La réaction d’Héraclès ne se fait pas attendre. Il décoche au centaure indigne une flèche qui vient se ficher dans son cœur. Nessos parvient à se traîner jusqu’au rivage où, agonisant, il prépare sa vengeance. Il fait en effet croire à Déjanire que, si elle recueille quelques gouttes du sang qui coule de son cœur, elle pourra en faire un philtre d’amour très efficace. Déjanire, qui est encore un peu naïve, remplit une fiole du précieux liquide. Elle semble ignorer que le sang de Nessos a été empoisonné par la flèche d’Héraclès, laquelle était enduite du sang de l’Hydre de Lerne, un des monstres éliminés par Héraclès. Le philtre d’amour va se révéler être un puissant poison, comme on le verra dans un instant…

Après la mort de Nessos, le couple Héraclès – Déjanire vit dans un relatif bonheur, à ceci près qu’Héraclès est un mari fréquemment absent. Son travail, qui consiste à éliminer ou capturer toutes sortes de monstres, l’appelle souvent à l’extérieur. Or un jour, voici qu’il ramène dans ses bagages une fille plus jeune, plus fraîche et plus séduisante que Déjanire (elle a pris quelques rides au cours des années, la pauvre).

Déjanire, au désespoir, se souvient alors de la fiole contenant le prétendu philtre d’amour de Nessos. Elle enduit une tunique du précieux liquide et la fait porter à Héraclès, dans l’idée de raviver son amour. Las ! L’effet produit par la tunique est désastreux, comme le tragédien Sophocle le rappelle dans les Trachiniennes. La scène se passe sur l’île d’Eubée, où Héraclès reçoit l’envoi fatal de la part de son épouse ; c’est Hyllos, fils d’Héraclès, qui raconte l’événement à Déjanire.

« Héraclès était sur le point de sacrifier de nombreuses offrandes lorsqu’un courrier venu de la maison arriva. C’était le fidèle Lichas, qui apportait ton cadeau, ta funeste tunique. Selon tes instructions, Héraclès la revêt et il sacrifie douze taureaux sans défaut, prélevés sur son butin. Pour compléter la centaine d’animaux destinés au sacrifice, il ajoute un mélange d’autres bêtes.

Au début, il prononce les prières d’un cœur réjoui – le malheureux ! –, tout content de l’élégance de sa tunique. Cependant, lorsque la flamme monte du saint sacrifice, imprégnée de sang et de résine, de la sueur se met à perler sur sa peau et le vêtement s’enroule autour de ses flancs, comme sur une statue, tandis que la tunique adhère à chacun de ses membres. La morsure pénètre jusqu’aux os, provoquant des convulsions. Bientôt, il est dévoré comme par les assauts du poison d’une vipère meurtrière.

Alors, il appelle à grands cris Lichas, lui qui n’est nullement responsable de ton envoi funeste, et il demande quelle ruse se cache derrière cette tunique. Lichas n’en sait rien, le pauvre, il dit que ce cadeau vient de toi seule, et qu’il l’a livré tel qu’envoyé. Héraclès, sur ces mots, est transpercé par un spasme qui le saisit aux poumons. Il attrape Lichas par le pied à la jointure de la cheville et le lance contre un rocher qui dépasse de l’écume de la mer. De la cervelle blanche se répand de ses cheveux, et de son crâne entrouvert coule le sang.

La foule tout entière pousse un cri d’horreur à la vue d’Héraclès qui souffre, et de Lichas trucidé. Personne n’ose affronter le héros car les spasmes l’envoient tantôt au sol, tantôt en l’air, criant, gémissant. Tout autour résonnent les rochers, les caps montagneux de Locride et les promontoires de l’Eubée. »

[Sophocle Trachinienes 756-788]

Ce récit d’horreur pourrait donner de nouvelles idées aux agents chargés d’éliminer les gêneurs. Il reste cependant une leçon à tirer de ce sinistre épisode : la prochaine fois que Zalando livre à votre porte un paquet contenant le dernier vêtement à la mode, assurez-vous qu’il ne soit pas enduit du sang du centaure Nessos.

[image : Heraclès empoisonné par la tunique enduite du poison de Nessos (env. 1413-1415)]

Une histoire de couverture pour se réchauffer dans le froid sibérien

saint_martin_bisUn froid exceptionnel sévit en Europe, affectant surtout les personnes les plus fragiles. Le héros Ulysse nous raconte une histoire de couverture.

Lorsque le froid sévit, ce sont les personnes les plus fragiles qui trinquent. Or en ce moment, nous avons affaire à un véritable froid de Sibérie. Pendant cette semaine, des dizaines de personnes seront mortes de froid dans les rues, parfois parce qu’elles n’ont pas d’autre solution, parfois par choix de rester dehors, ou alors parce qu’elles ne supportent pas les conditions des abris de fortune qu’on leur met à disposition. En Belgique, les autorités de la ville de Liège ont décidé de forcer des sans-abris à intégrer un hébergement d’urgence. Cette mesure suscite des réactions très vives parmi les associations d’aide aux sans-abris. Peut-être une mauvaise bonne idée, comme on dit.

Alors, en attendant que le froid ait la gentillesse de déguerpir, voici une petite histoire fabriquée de toute pièce par Ulysse. Ce dernier vient d’arriver sur son île d’Ithaque, déguisé en vieux mendiant. Accueilli par son porcher Eumée dans la campagne d’Ithaque, il ne porte que des hardes trouées. Or il fait froid ce soir-là, et Ulysse se demande si Eumée va lui prêter un manteau ou une couverture pour passer la nuit. Il lui fait donc le récit suivant :

« Ah ! Si seulement j’étais encore jeune, et que j’aie encore la vigueur qui était mienne lorsque nous avons mené ce raid sous les murs de Troie ! Ulysse et l’Atride Ménélas, et moi en troisième (ils m’y avaient incité), nous conduisions le détachement.

Lorsque nous sommes arrivés près de la ville et de sa muraille élevée, nous nous sommes cachés dans des buissons touffus, parmi les roseaux d’un endroit marécageux, blottis sous nos armes. La nuit est arrivée, et un méchant vent du nord s’est abattu sur nous, glacial. Une neige givrante est tombée, froide ; des glaçons se formaient sur le bord de nos boucliers.

Tous les autres avaient des casaques et des manteaux. Ils dormaient tranquillement, leurs épaules casées sous leurs boucliers. Quant à moi, j’étais venu en laissant ma casaque à mes compagnons. Quelle imprudence ! Je ne pensais en tout cas pas qu’il allait geler, mais j’avais suivi les autres en n’emportant que mon bouclier et un sous-vêtement de tissu clair.

Nous en étions au dernier tiers de la nuit, les étoiles s’étaient effacées dans le ciel, et c’est alors que je me suis adressé à Ulysse, qui était à côté de moi, en le tapotant au coude. Il m’entendit tout de suite.

‘Fils de Laërte, descendant de Zeus, Ulysse aux mille ruses, je ne vais plus en sortir vivant, le froid est en train d’avoir raison de moi ! Je n’ai pas de manteau : une divinité malfaisante m’a induit en erreur en me poussant à venir vêtu d’un seul sous-vêtement. Désormais, plus d’autre issue que la mort.’

À mes paroles, Ulysse a tout de suite trouvé une idée ; c’est un personnage unique, à la fois pour réfléchir et pour combattre. À voix basse, il m’a dit :

‘Silence, maintenant, de peur qu’un autre Achéen ne t’entende.’

La tête appuyée sur son coude, il s’est écrié :

‘Mes amis, écoutez-moi ! Un dieu m’a rendu visite dans mes rêves. Nous sommes trop éloignés de nos navires. Or il faudrait que quelqu’un aille dire à l’Atride Agamemnon, chef des armées, de nous envoyer plus de monde depuis les navires.’

À ces paroles, Thoas fils d’Andrémon se leva rapidement, enleva son manteau de pourpre, et partit au pas de course vers les navires. Et moi, je me suis emmitouflé avec délices dans son manteau, tandis que l’Aube au trône d’or faisait son apparition.

Maintenant aussi, puissé-je être encore jeune, avec toute ma vigueur ! Quelqu’un dans cette porcherie me donnerait un manteau, soit par amitié soit par respect pour un homme vaillant. Mais on ne me respecte pas, alors que je n’ai sur la peau que de vilaines guenilles. »

[Odyssée 14.468-506]

Qu’on se rassure : Eumée comprendra le message et s’assurera qu’Ulysse puisse dormir au chaud cette nuit-là. Souhaitons que, demain, tous ceux qui cherchent un peu de chaleur parviennent à la trouver.

[image: l’ancien billet de 100 francs suisses, Saint Martin partageant son manteau avec un lépreux.]

 

Federer, l’homme à qui tout réussit : attention à la jalousie des dieux

federerLa réussite presque insolente de l’idole des Suisses force l’admiration. Elle rappelle cependant le cas de Polycrate de Samos : les dieux sont jaloux des hommes à qui tout réussit.

Pour les Suisses – et pour tous les amateurs de tennis – Roger Federer est devenu une idole sacrée. À nouveau parvenu à la place de n° 1 mondial du tennis à l’âge incroyable de 36 ans, il a aligné les succès d’une manière stupéfiante. Les journalistes sont à court de superlatifs, au point qu’on en vient à parler des « sept merveilles du monde de Federer ». Comment ne pas se laisser entraîner dans la Federer-mania ? D’ailleurs, on ne parle plus de Federer, mais simplement de Roger (prononcer ‘Rodjeur’), car il a son entrée dans tous nos salons équipés d’un téléviseur. Et comme il a lancé sa propre marque d’habits, il suffira désormais de parler de RF.

Et voici qu’un minable envieux vient gâcher la fête, probablement parce qu’il ne sait même pas tenir correctement une raquette de tennis. Allez savoir pourquoi, le succès phénoménal de RF rappelle à cet envieux l’histoire de Polycrate de Samos, l’homme à qui tout réussissait. L’historien Hérodote, un homme qui s’y connaissait en matière de rapports entre les hommes et les dieux, nous raconte comment la réussite de Polycrate a fini par susciter la jalousie des dieux.

Polycrate était le tyran de Samos, un île au large de l’actuelle côte de la Turquie. Il était riche et puissant, et rien ne lui résistait. Or il avait un ami en la personne du roi d’Égypte, appelé Amasis. Celui-ci, voyant le succès extraordinaire que Polycrate rencontrait en toute circonstance, commença à s’inquiéter pour lui. Il décida donc de lui écrire une lettre.

« Amasis communique à Polycrate ce qui suit. Il est agréable d’apprendre qu’un homme cher, avec lequel on entretient des liens d’hospitalité, rencontre le succès. À moi, cependant, les grandes réussites ne me plaisent pas, parce que je sais que la divinité est jalouse. D’une certaine manière, je souhaite pour moi-même, et pour ceux dont je me soucie, d’avoir parfois du succès dans leurs entreprises, et de parfois connaître l’échec, et qu’ainsi notre vie soit faite d’une alternance d’événements plutôt que d’une réussite continue. Je n’ai encore jamais entendu parler d’un homme qui, ayant réussi en tout, n’ait pas fini dans la pire déchéance. Si tu veux m’en croire, voici comment tu pourrais réagir à ton succès. Réfléchis à trouver l’objet qui a le plus de valeur à tes yeux, celui qui te ferait le plus de peine à perdre, et jette-le suffisamment loin pour que les hommes ne puissent le rattraper. Et si par la suite les succès ne viennent pas en alternance avec les souffrances, agis selon ce que je t’ai suggéré. »

[Hérodote 3.40]

Troublé par cette lettre d’Amasis, Polycrate décide de se séparer de son objet le plus précieux, un anneau de très grande valeur, qu’il jette à la mer. Quelques jours plus tard, cependant, un pêcheur apporte un magnifique poisson pour l’offrir au tyran. Lorsqu’on vide le poisson, on y trouve l’anneau de Polycrate… Ce dernier écrit à son ami Amasis pour lui raconter ce succès extraordinaire ; mais le roi d’Égypte, apprenant cela, décide d’en tirer les conséquences.

« Amasis lut la lettre que Polycrate lui avait envoyée et il comprit qu’il était impossible pour un homme de sauver un autre homme du destin qui l’attendait : Polycrate, qui rencontrait du succès dans toutes ses entreprises, allait connaître une mauvaise fin, puisqu’il retrouvait même ce qu’il jetait. Il envoya donc un héraut à Samos pour dissoudre les liens d’hospitalité qu’il entretenait avec lui. Il fit cela pour que, le jour où un terrible et important malheur frapperait Polycrate, lui-même ne soit pas affligé pour un homme avec qui il entretenait des liens d’hospitalité. »

[Hérodote 3.43]

Que conseiller à mon ami RF ? Peut-être devrait-il faire le tour de son appartement de Dubaï et chercher l’objet auquel il tient le plus : sa raquette de tennis ? un trophée du Grand Chelem ? sa Rolex ? Une fois qu’il aura trouvé, qu’il jette l’objet dans les profondeurs du Golfe Persique. Si ça ne marche pas, et qu’il retrouve sa raquette dans le ventre d’un poisson, qu’on me le fasse savoir bien vite. Je ferai alors promesse solennelle de ne plus regarder un match disputé par RF, de peur d’assister à la catastrophe réservée à celui qui semble avoir obtenu une clé pour entrer dans la demeure des dieux.

[image: mon ami RF]

Le salaud m’a quittée pour un homme

kalosTon mec t’a quittée, il te mène en bateau, et en plus il est amoureux d’un autre mec… Une histoire d’aujourd’hui ? Non, un poème de Théocrite, un auteur grec du IIIe s. av. J.-C.

  • Alors, tu es prête pour ce jogging ? Oulalaaaah, ça ne va pas bien du tout : tu en fais une tête !
  • Il y a de quoi : cela fait douze jours que mon mec n’est plus passé me voir.
  • Ne t’inquiète pas : demain, tu passeras à son fitness, chez Tim, tu devrais le trouver, il y est tout le temps.

Cela fait douze jours que le misérable ne vient pas me voir, et il ne sait pas si je suis morte ou vivante. Il n’a même pas frappé à ma porte, le cruel ! C’est sûr, Éros et Aphrodite ont emporté ailleurs son cœur volage. Mais j’irai le voir demain à la palestre de Timagétès, et je l’accablerai de reproches pour la manière dont il me traite.

[Théocrite Idylle 2.4-9]

  • C’est ça, je passerai demain… En attendant, je vais lui ressortir une combine d’un copain qui connaissait un marabout africain. Tu verras, il va la sentir passer !
  • Quoi ? Tu crois à ces histoires de marabout ?
  • Et comment, que j’y crois ! Allez, donne-moi un coup de main, mon mec n’a qu’à bien se tenir.

Pour l’instant, je vais l’envoûter en brûlant des produits. Lune, éclaire-moi de ta belle lumière !

(…) Tout d’abord, griller des grains d’orge dans le feu. Étale-moi ça, Thestylis. Malheureuse, où ton esprit s’est-il envolé ? Vilaine, est-ce qu’il y a de quoi se réjouir de ma situation ? Étale donc et répète ces paroles : « Ce sont les os de Delphis que j’étale. » (…)

Delphis m’a fait souffrir ; alors contre Delphis je brûle du laurier. Et de même que le laurier craque en se consumant dans le feu, sans laisser voir la moindre cendre, de même puisse la chair de Delphis aussi se consumer dans la flamme.

[Théocrite Idylle 2.10-26]

  • Je vais te raconter ce qui s’est passé.
  • Vas-y, ça te fera du bien.
  • Bon, voilà. Une voisine m’avait proposé d’aller regarder le cortège du carnaval. J’avais choisi mes plus belles fringues, et nous avons pris la voiture pour y aller. Nous passions devant le bar Lycon lorsque je regarde par la fenêtre, et tu ne devineras pas ce que je vois…
  • ???
  • Mon mec venait de sortir du fitness Tim avec un autre type, et là j’ai tout de suite compris : ils se regardaient avec un air, ça m’a prise aux tripes ! J’ai fait demi-tour, je suis rentrée chez moi, je ne tenais plus debout. Je suis restée dix jours au lit, incapable de faire quoi que ce soit.

La nourrice thrace de Theumaridas – paix à sa mémoire –, ma voisine d’à côté, m’avait suppliée et implorée d’aller voir le cortège. Et moi, malheureuse, je l’avais accompagnée, vêtue d’une longue tunique de lin, que j’avais recouverte du manteau de Cléarista. (…)

Nous avions déjà fait la moitié du chemin, nous passions devant chez Lycon, lorsque j’ai aperçu Delphis et Eudamippos qui marchaient côte à côte. Ils avaient tous deux une barbe plus blonde qu’une fleur dorée, et leur poitrine était plus brillante que toi, Lune, tandis qu’ils repartaient du gymnase après un bel entraînement.

À leur vue, je suis devenue folle, mon cœur s’est embrasé, pauvre de moi, et ma beauté s’est consumée. Je n’ai plus rien vu du cortège, je ne sais pas comment je suis rentrée à la maison ; mais j’ai été prise d’une fièvre brûlante et je suis restée au lit dix jours et dix nuits.

[Théocrite Idylle 2.70-86]

  • Alors, tu es restée au lit tout ce temps ?
  • Oui, mais au bout de dix jours, j’ai trouvé que ça commençait à bien faire. Le problème, c’est que je ne pouvais pas aller chercher mon mec, trop la honte. Alors j’ai demandé à ma femme de ménage de m’arranger le coup en allant parler à mon mec au fitness Tim.

Ainsi, j’ai raconté toute la vérité à ma servante : « Allons Thesthylis, trouve-moi un moyen de combattre ma pénible maladie. Cet homme de Myndos m’obsède complètement, pauvre de moi. Va à la palestre de Timagétès, et attends-le : c’est là qu’il a ses habitudes, là qu’il aime se poser. (…) Et quand tu le trouveras seul, fais-lui un discret signe de la tête, puis dis-lui ‘Simaitha t’appelle’ et amène-le ici.’ »

[Théocrite Idylle 2.94-102]

  • Et ça a marché ? Il est venu ?
  • Oui, il est venu. J’étais toute chose, il en a un peu profité : il m’a baratinée… Quelle gourde je suis ! J’ai gobé ses histoires, bref, j’ai craqué, et tout ça s’est terminé au lit.
  • Ah ! Ben voilà, tout est bien qui finit bien !

Et lorsque je l’ai vu passer le seuil de ma porte d’un pied léger (…), je suis devenue plus froide que la neige, la sueur coulait de mon front comme une rosée humide, je ne pouvais plus parler, même pas marmonner comme un enfant qui appelle sa maman dans son sommeil. Mon beau corps s’est figé de partout, comme une poupée. (…)

Voilà, il avait fini de parler. Et moi, trop prompte à le croire, je l’ai pris par la main et l’ai couché sur mon tendre lit. Bien vite, peau contre peau, nous fondions, nos visages sont devenus plus chauds qu’avant, et nous échangions de doux murmures. Je ne te ferai pas un long récit, ma chère Lune, l’essentiel s’est bien déroulé et nous avons tous deux pu satisfaire nos désirs.

[Théocrite Idylle 2.103-110 + 138-143]

  • Eh bien non, tout ne va pas pour le mieux : figure-toi que j’entends toujours des rumeurs.
  • Des rumeurs ?
  • Oui, des rumeurs. Mon mec aurait quelqu’un d’autre dans sa vie, mais on ne peut pas me dire si c’est une femme ou un homme. Alors pour l’instant, j’y vais avec les combines du marabout ; mais si ça continue, je passe à la vitesse supérieure. Il y a un type qui m’a appris à mélanger les médocs pour produire un résultat d’enfer. Mon mec n’a qu’à bien se tenir…

Mais aujourd’hui (…), la mère de notre flûtiste Philista et de Melixo est venue me voir. Elle m’a raconté toutes sortes de choses, et notamment que Delphis est amoureux. A-t-il le désir d’une femme ou d’un homme ? Elle ne me l’a pas précisé, mais ce point suffit : il n’arrêtait pas de verser des verres de vin pur à la santé d’Éros, et il a fini par s’en aller, disant qu’il devait décorer une maison avec des guirlandes.

C’est ce que la femme m’a dit, c’est la vérité. Autrefois, il passait me voir trois ou quatre fois par jour, et souvent il laissait chez moi sa fiole d’huile dorienne. Mais maintenant, cela fait douze jours que je ne l’ai pas vu. N’aurait-il pas une autre source de plaisir ? M’a-t-il oubliée ?

Pour l’instant, je vais essayer de l’envoûter avec des charmes d’amour. Mais s’il continue à me faire souffrir, par les Moires, il va devoir frapper à la porte d’Hadès. Je te le dis, maîtresse, voici les vilains poisons que je garde dans mon coffret ; c’est un étranger, un Syrien, qui m’a appris à les préparer.

[Théocrite Idylle 2.145-162]

[image : coupe attique à fond blanc. Deux jeunes gens drapés dans des manteaux. Inscriptions kalos (Il est beau garçon).]

Thétis : #MeToo

thetisOn a forcé la déesse Thétis à partager la couche d’un homme. Des années plus tard, elle s’en plaint amèrement. Existe-t-il vraiment une « douce violence » ?

D’un côté, nous avons Maître Bonnant, jamais en panne de mauvaise foi, qui carbure au « consentement revisité » des victimes présumées de son célèbre client. Il décrit aussi le rapport de séduction comme une « douce violence faite à l’autre ». De l’autre côté, des femmes manifestent leur inquiétude face à une dérive politiquement correcte : elles veulent défendre « une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle ».

Dans ce tourbillon de déclarations, de révélations et de démentis, le citoyen ordinaire en perdrait facilement son latin – ou son grec. Pourtant, il n’est pas nécessaire d’avoir un diplôme de juriste ou un doctorat en philosophie pour comprendre qu’une saine séduction suppose de laisser la possibilité à l’autre de refuser, tandis que la contrainte, la manipulation ou l’abus de faiblesse engendrent la souffrance.

Si le poète Homère faisait déjà mention d’une contrainte imposée à Thétis, cela montre bien que la question taraude l’esprit de hommes depuis quelques millénaires. Thétis, déesse marine, figure dans un oracle qui prédit que le fils qui naîtra de ses entrailles sera plus puissant que son père. Le grand Zeus, qui a pourtant pris une sérieuse option sur la fuyante créature, renonce à son projet : il craint trop qu’un rejeton ne fasse basculer son trône. C’est pourquoi il impose à Thétis de s’unir à un mortel, Pélée. De cette union naît le héros Achille, source de bien des soucis pour sa divine mère. Voici comment elle décrit la situation à un autre dieu, Héphaïstos :

« Héphaïstos, parmi toutes les déesses qui habitent l’Olympe, en est-il une qui ait subi autant de pénibles souffrances dans son âme que celles que Zeus, le fils de Kronos, m’a infligées, à moi seule entre toutes ? Seule parmi les déesses marines, j’ai été livrée à un homme pour être domptée : ce fut Pélée, le fils d’Éaque, et j’ai enduré la couche d’un homme à mon corps défendant. Pélée gît désormais dans son palais, accablé par la pénible vieillesse. »

[Homère Iliade 18.429-441]

Thétis a perdu sur tous les plans : d’abord, elle a dû coucher avec cet homme dont elle ne voulait pas ; ensuite, Pélée a vieilli tandis qu’elle restait éternellement jeune. Tout cela sur décision de Zeus, le patriarche qui a bien compris que la séduction recèle des pièges. Zeus a su se retenir de commettre une « douce violence », mais il ne le fait que pour sauvegarder son pouvoir. Au passage, il provoque le malheur de Thétis ; de cela, il ne se soucie guère.

Dans un autre récit, conservé par l’Hymne homérique à Aphrodite, le poète évoque l’autre versant de la question, celui de la séduction. La déesse Aphrodite est bien connue pour soumettre tous les humains aux lois de l’amour. Seules trois déesses savent lui résister : Athéna, Artémis et Hestia ; Zeus en personne ne peut pas s’opposer aux dures contraintes qu’Aphrodite lui impose.

« [De ces trois déesses, Aphrodite] ne saurait fléchir l’âme, et elle ne pourrait les tromper. Les autres, en revanche, dieux bienheureux ou mortels humains, n’ont aucun moyen d’échapper à l’emprise d’Aphrodite. Elle a même égaré l’esprit de Zeus, celui qui manie la foudre avec plaisir, bien qu’il soit le plus grand et qu’il ait reçu les plus grands honneurs. À sa guise, Aphrodite a trompé son intelligence et l’a uni sans difficulté à des femmes mortelles, à l’insu d’Héra, qui est la sœur et l’épouse de Zeus. Pourtant, Héra se distingue des déesses immortelles par son apparence. En la concevant avec Rhéa, sa mère, Kronos aux pensées retorses l’a couverte de gloire, et Zeus, dont les pensées sont inépuisables, en a fait sa parèdre respectée, parce qu’elle lui est dévouée. »

[Hymne homérique à Aphrodite 33-44]

Chacun aura compris que, lorsque Zeus délaisse sa fidèle Héra et abuse de son ascendant pour déflorer une jeune vierge innocente, ce n’est pas de sa faute : il est contraint par les lois impérieuses d’Aphrodite. Maître Bonnant devrait retenir ce point, cela lui sera utile dans les semaines à venir.

Toujours est-il que Zeus, qui n’est tout de même pas le dernier des imbéciles, décide de se venger d’Aphrodite. Il va en faire l’arroseuse arrosée en la rendant elle-même amoureuse d’un mortel, Anchise.

« Alors Zeus jeta dans le cœur d’Aphrodite le doux désir de s’unir à un homme mortel. Il voulait que, dès que possible, même elle ne puisse se tenir à l’écart du lit d’un mortel. Il fallait éviter que la souriante Aphrodite, dans un doux éclat de rire, se vante parmi tous les dieux d’avoir uni des dieux à des femmes mortelles, lesquelles auraient mis au monde des fils mortels pour les immortels ; il ne fallait pas non plus qu’elle raconte qu’elle avait uni des déesses à des hommes.

Donc Zeus jeta dans son cœur un doux désir pour Anchise. À l’époque, celui-ci faisait paître ses vaches sur les hauteurs de l’Ida aux nombreuses sources. Par son apparence, il ressemblait à un dieu. Or la souriante Aphrodite tomba amoureuse de lui dès qu’elle l’eut aperçu, et un impérieux désir s’empara de son âme. »

[Hymne homérique à Aphrodite 45-57]

De cette union, provoquée par Zeus, naîtra le héros Énée.

Que retenir de tout cela ? Si l’on en croit les poètes grecs, même la déesse qui préside à l’amour ne saurait se soustraire aux lois dont elle a la charge. Elle peut certes contraindre Zeus à coucher avec des filles, mais lui aussi peut la jeter dans les bras d’un homme, qu’elle le veuille ou non. Lorsque séduction et contrainte se côtoient, le malaise est prévisible, du temps de Thétis comme aujourd’hui.

[image: Pélée enlève Thétis ; vase attique trouvé à Vulci (Étrurie, Italie) env. 490 av. J.-C.]

Le grec, inutile et pourtant utile

mask.jpgDans un système qui réclame qu’on forme les jeunes pour servir les besoins de l’économie, y a-t-il encore une place pour l’étude du grec ancien ?

Il ne s’écoule pratiquement pas un jour sans qu’une personne influente dans les milieux économiques et politiques nous le répète : les écoles et les universités coûtent cher au contribuable ; par conséquent, cet argent devrait constituer un investissement seulement pour des formations ‘utiles’. Par utiles, entendez des filières qui mènent directement les étudiantes et étudiants vers une place de travail pré-formatée, sans qu’une entreprise ait à fournir le moindre effort pour acclimater ses nouvelles recrues. Pour les autres formations, dites ‘inutiles’, il s’agirait d’augmenter les taxes d’écolage.

Cette approche a le mérite de la simplicité. Point besoin de nuances, tout le monde comprend facilement, on va du point A au point B par le chemin le plus court, que dire de plus ? Eh bien, si, justement, il y a quelque chose à dire : fouillez dans votre mémoire, et vous verrez que très souvent le meilleur chemin de A à B ne passe pas par une ligne droite. Nos milieux économiques devraient le savoir.

Un employeur ne saurait se contenter de petits soldats formés dans une école technique, si prestigieuse soit-elle. Pour que son entreprise fonctionne, dure et produise de la valeur, il lui faudra aussi des personnes qui ont appris à se débrouiller face à l’inconnu. Qu’on étudie le grec ancien, l’allemand médiéval, l’ethnologie ou encore la civilisation des premiers peuples aztèques, la démarche est la même : confrontée à un mode de fonctionnement qui n’est pas le sien, une personne en formation va s’efforcer de traduire ce qu’elle observe en un langage intelligible, avant d’essayer d’en tirer un enseignement sur le monde dans lequel elle vit.

« Mais enfin », me dira-t-on, « vous esquivez le problème ! L’étudiant qui s’intéresse à la tragédie grecque, ou l’étudiante qui étudie les Kikuyus du Kenya, ne saura pas s’adapter à un emploi dans une entreprise ! » Paradoxalement, c’est plutôt le contraire qui va se produire : car avant de coller une étiquette ‘inutile’ sur le dos de celles et ceux qui ont eu l’imprudence de s’engager dans une filière relevant des sciences humaines, considérez le point suivant : non seulement ce qu’ils font est beau, mais en plus c’est utile pour notre économie et pour notre société.

Bon, voilà que ça se complique : mon contradicteur veut des exemples concrets.

En voici un premier : une équipe d’étudiants complètement déjantés décide de monter une représentation d’une tragédie grecque, l’Agamemnon d’Eschyle. Pour ceux qui ont oublié, il s’agit de l’histoire de ce roi grec qui rentre de la guerre de Troie et se fait assassiner par son épouse, aidée d’un amant qu’elle a pris pendant l’absence de son mari. Du lourd, quoi… Et pour corser le tout, nos jeunes inconscients décident de jouer la pièce dans la langue originale, en grec ancien.

Affiche numérique_ Agamemnon« Mais ça ne va jamais marcher, votre truc ! Personne ne va rien comprendre, ce sera une catastrophe, et en plus vous allez sans doute engloutir une fortune en subventions publiques ! » Non seulement ça a marché, et même bien marché, mais considérez ce que ces étudiants ont appris en cours de route.

Ensuite, demandez-vous si vous pourriez envisager d’engager dans votre entreprise celle qui, quelques semaines plus tôt, endossait le rôle de Clytemnestre et prononçait des phrases atroces dans un jargon incompréhensible.

Voici donc, en vrac, une liste de quelques compétences développées par les membres de l’équipe dans le cadre du projet Agamemnon :

  • Élaborer un projet culturel comportant un budget de plusieurs dizaines de milliers de francs.
  • Gérer une équipe regroupant diverses compétences (musique, texte, mise en scène, éclairage, costumes etc.) pour mener à bien ce projet, avec un calendrier, des locaux, un budget à tenir.
  • Développer un réseau permettant de lever les fonds nécessaires, y compris contacts avec des sponsors potentiels.
  • Communiquer efficacement avec les médias et avec l’administration.
  • Entraîner une équipe d’acteurs amateurs pour qu’ils produisent une pièce dans une langue incompréhensible pour le public, ce qui implique de mettre au point un système de doublage visuel en français, entièrement coordonné avec le jeu des acteurs.
  • Produire une musique originale et l’exécuter pour accompagner la pièce.
  • Concevoir des costumes.

Cerise sur le gâteau : ces actrices, ces musiciens ont pu montrer au public genevois combien c’est beau, la tragédie grecque. Votre entreprise n’a pas besoin de telles personnes qui sachent monter des projets d’envergure ?

Allons-y pour une autre action prétendument inutile à nos entreprises. Une étudiante vous propose un enregistrement à plusieurs voix d’un des plus beaux poèmes conservés de Sappho. Et si le grec ancien ne vous paraît pas assez exotique, vous trouverez aussi des échos de la Mésopotamie ancienne.

« Totalement superflu ! » me direz-vous. Et si une patronne d’entreprise se disait qu’elle pourrait avoir besoin de la personne qui a conçu ce machin bizarre ? Voici donc ce que la jeune inconsciente sait faire :

  • Développer un projet à partager avec un groupe de personnes qu’il s’agit de convaincre de participer à une œuvre collective.
  • Coordonner des séances d’enregistrement, en s’assurant que chaque personne soit prête pour la tâche qui lui a été assignée.
  • Réaliser de multiples enregistrements et les combiner sur une table de mixage.
  • Gérer la mise en ligne dans le cadre d’un blog auditif, en version bilingue, suivi par des centaines de personnes à travers le monde.

Contrairement aux idées reçues, ‘beau’ ne rime pas avec ‘inutile’. Les compétences développées au contact des chefs-d’œuvre de notre littérature ancienne constituent un potentiel que nos chefs d’entreprise auraient tort de négliger.