Trump : un adynaton

trumpclintonCela n’arrivera jamais ? Et pourtant si… Petit rappel de quelques événements impossibles qui se sont néanmoins réalisés.

Nos amis américains ont fait ce que beaucoup pensaient impossible : déjouant les sondages, ils viennent d’élire à la tête de leur pays un homme d’affaires sans scrupules, sexiste, raciste, tricheur et menteur. Donald Trump répète la leçon que l’on aurait dû tirer de l’inattendu Brexit : ce que nous tenons pour très improbable un jour peut se produire le lendemain. Votre serviteur s’y est aussi laissé prendre : voir Trump et re-Trump. La catastrophe nucléaire de Fukushima appartient également à cette catégorie d’événements que peu de spécialistes auraient considérés comme envisageables.

Nous utilisons fréquemment des expressions comme « quand les poules auront des dents, je te laisserai prendre le volant de ma BMW » ; autrement dit : jamais. Jamais, vraiment ? Dans l’Antiquité, de tels événements ont un nom : on parle d’un adynaton « événement impossible ».  Or il se trouve que l’événement adynaton est fait pour se réaliser, comme on va le voir à travers deux exemples.

Commençons par Œdipe, qui a l’imprudence de se pencher sur ses origines :

« Voici que, pendant un festin, une homme qui avait abusé du vin me traite de bâtard : mon père ne serait pas celui que l’on pense. L’accusation me peina et j’eus de la difficulté à me contenir pendant toute la journée.

Le lendemain, cependant, j’allai trouver mon père et ma mère pour m’enquérir de la vérité. Ils furent très fâchés envers celui qui avait laissé échapper une telle affirmation. Leur réponse me rassura.

Néanmoins, cette pensée insidieuse me taraudait toujours car elle me revenait souvent à l’esprit. Je pris alors la route à l’insu de ma mère et de mon père et je me rendis à Delphes, où Phébus [Apollon] me renvoya sans honorer ma question. Cependant, il m’annonça des malheurs terribles et lamentables : le destin voulait que je m’unisse à ma mère, que je produise une descendance insupportable à voir pour les hommes, et que je sois le meurtrier du père qui m’avait engendré. »

[voir Sophocle, Œdipe Roi 779-793]

S’unir à sa mère et tuer son père ? Impossible, adynaton ! Eh bien non, Sophocle nous montre comment cet événement inattendu se produit envers et contre tout.

Un autre adynaton :

« Crésus [roi de Lydie] envoya des cadeaux aux Delphiens et interrogea l’oracle pour la troisième fois ; car depuis qu’il avait compris que cet oracle ne mentait jamais, il y recourait constamment. Il l’interrogea donc cette fois-ci pour savoir si son règne durerait longtemps. La Pythie lui répondit :

Quand un mulet deviendra roi des Mèdes,

alors, Lydien au pas langoureux, fuis le long du cours de l’Hermos,

ne reste pas sur place et n’aies pas peur de passer pour un lâche.

Crésus fut très content des vers qu’il avait reçus en réponse : car il lui paraissait impossible qu’un mulet puisse jamais régner à la place d’un homme sur les Mèdes, et il pensait que ni lui ni ses descendants ne perdraient jamais le pouvoir. »

[voir Hérodote 1.55-56]

Il est presque superflu de le préciser : l’adynaton va bien sûr se réaliser. Le mulet, c’est Cyrus, né d’un Perse et d’une Mède ; et il mettra effectivement fin au règne de Crésus.

Quelle leçon tirer de tout cela ? Tout d’abord, que les événements considérés comme impossibles ont une fâcheuse tendance à se réaliser ; ensuite, que les signaux sont souvent là, audibles ou visibles de tous, mais qu’il faut que les gens en tiennent compte ; et finalement, que les Démocrates américains auraient probablement dû consulter l’oracle de Delphes.

Il reste un dernier adynaton : à vues humaines, il paraît impossible qu’une femme soit jamais élue Présidente des États-Unis. Impossible ? Il ne faut jurer de rien…

[image: montage à partir de portraits d’Hillary Clinton et de Donald Trump]