Trump : contrôlez la bête !

trumpL’homme le plus puissant du monde est imprévisible et dangereux. L’entourage immédiat de Donald Trump doit ruser pour contrôler la bête.

  • Donald Trump est un type formidable ! En voici un qui dit ce qu’il fera, et qui fait ce qu’il a dit !
  • Tu trouves, chéri ? Pour ma part, ce type me semble impulsif, incohérent et grossier.
  • Ce n’est pas grave : tant qu’il fait son travail et qu’il remet les États-Unis sur pied, on peut bien lui pardonner quelques sautes d’humeur, non ?
  • Tu ne sembles pas avoir saisi la portée du problème : il fait tellement de bêtises, il commet de telles gaffes et il est devenu si dangereux que son entourage doit sans arrêt le contrôler dans son dos pour éviter les catastrophes !
  • Toi qui connais si bien tes vieilles histoires de Grecs, de Perses et d’Égyptiens, tu ne penses pas que ça s’est toujours passé ainsi ? Et nous sommes toujours là, non ?
  • Certes, mais mes vieilles histoires, comme tu dis, montrent que l’affaire finit généralement mal pour les autocrates qui doivent être contrôlés par leur entourage. Tu connais Cambyse ?
  • Cambyse ? Non, cela ne me dit rien. Par contre, je sens que je vais de nouveau y passer avec un de tes bouquins qui sentent le moisi.
  • Ne sois pas plus bête qu’un Président des États-Unis. Je vais te chercher mon édition d’Hérodote, et tu verras quel adorable bonhomme fut le roi Cambyse.
  • C’est ça, chérie, prends ton Hérodote. Il doit être au frigo, coincé entre le Reblochon et la Fourme d’Ambert !
  • Très drôle. Bon, reste bien calé dans ton fauteuil, ça va commencer.

« (…) une autre fois, ce fut le tour de douze Perses du plus haut rang : [le roi Cambyse] les fit arrêter et enterrer vivants, la tête en bas. Face à ces actes, Crésus le Lydien estima qu’il était de son devoir de lui faire une mise en garde :

‘Ô Roi, ne cède pas entièrement à ton jeune âge et à ta fougue, mais domine-toi et sois maître de toi. Il est bon de réfléchir avant d’agir ; la prévoyance est un signe de sagesse. Or toi, tu tues des hommes qui figurent parmi tes compatriotes, en les arrêtant sans raison aucune, et tu mets à mort des enfants. Si tu commets de nombreux forfaits de ce genre, fais attention que les Perses ne se rebellent contre toi. Ton père Cyrus m’a recommandé avec beaucoup d’insistance de te mettre en garde et de te soumettre les bons conseils que je pourrais trouver.’

C’était par bienveillance que Crésus prodigua ces conseils à Cambyse. Ce dernier, toutefois, répliqua de la manière suivante :

‘Toi, tu oses me donner des conseils, toi qui as si bien géré les affaires de ton propre pays ? toi qui as donné de si bonnes recommandations à mon père, qui lui as enjoint de franchir le fleuve Araxe et de marcher contre les Massagètes alors que ceux-ci voulaient traverser pour nous attaquer ? Tu as causé ta propre perte en dirigeant mal ton pays, et tu as causé celle de Cyrus, qui a suivi tes conseils ! Mais tu ne t’en tireras pas à si bon compte : cela faisait longtemps que j’attendais l’occasion de m’en prendre à toi.’

Sur ces mots, il saisit son arc pour décocher une flèche à Crésus, lequel se déroba et courut hors de la salle. Comme il n’était pas parvenu à l’atteindre de ses flèches, il ordonna à ses serviteurs de l’arrêter et de l’exécuter. Ses serviteurs connaissaient le caractère du roi. Ils cachèrent donc Crésus en faisant le raisonnement suivant : si Cambyse regrettait sa décision et réclamait Crésus, ils le feraient sortir de sa cachette et seraient récompensés pour cela ; et s’il ne regrettait rien et ne réclamait pas Crésus, il serait toujours temps de régler l’affaire.

Effectivement, peu de temps après, Cambyse réclama Crésus. Apprenant cela, les serviteurs lui firent savoir que Crésus était toujours vivant. Cambyse dit qu’il était bien content que Crésus soit vivant, mais que ceux qui l’avaient sauvé ne s’en tireraient pas ainsi, mais qu’il les ferait exécuter. Et c’est ce qu’il fit. »

[Hérodote 3.36]

  • Un vrai homme à poigne, ton Cambyse ! J’aime ça.
  • Oui, un homme à poigne que son entourage devait constamment contrôler, et qui a très mal fini…
  • Il ne faut pas tout confondre : Donald Trump n’a tué personne, il se contente de casser les pieds à la planète grâce à Twitter !
  • Sur ce point, tu as raison : Cambyse était nettement plus sanguinaire que Trump. Cependant, un Président des États-Unis dispose d’un pouvoir tel qu’il pourrait causer des dégâts énormes s’il n’y avait personne pour contrôler la bête.
  • Si tu veux… Alors, la taupe qui dénonce les comportements de Trump, on l’a enfin trouvée ? Il serait tout de même temps de remettre un peu d’ordre dans la Maison Blanche. Il n’y a rien de pire que les fuites.

[Image : un sympathique jeune homme au sourire avenant. Vous le reconnaissez ?]